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Dans les oreilles de Zoé Jadoul

Un article paru dans le magazine Les Carnets de Syntone n°7 (2016).

Arolde

Dans les oreilles de Zoé Jadoul

La rubrique “Dans les oreilles de …” est un espace d’expression ouvert, une carte blanche donnée à une personnalité du son ou de la radio qui nous raconte son rapport au monde. Après Vincent Matyn-Wallecan, nous sommes ravi.e.s d’accueillir Zoé Jadoul. Chanteuse culte dans un monde parallèle (Les Brochettes, Arolde), Zoé Jadoul fait aussi de la radio avec des personnes pas comme tout le monde. Le texte et l’image sont de l’autrice.

EDMON, le monde est à l’envers

L’effet miroir, c’est douloureux au début de l’existence, on trouve cela étrange mais on n’a pas beaucoup d’expérience pour en comprendre les tenants et aboutissants.

Je m’en suis rendue compte vers 8 ans, quand les filles de ma classe ont décrété que j’étais trop drôle pour jouer avec elles. C’est la première fois que je m’apercevais de la portée philosophique énorme de ce phénomène. Ces dames me demandaient de jouer sérieusement, sans rire ! Bienvenue dans Pervers City, le ton était donné, je me trouvais en plein cauchemar éveillé, prématurément seule dans un monde complètement à l’envers.

Radio QUI ? QUI ? La radio des enfants qui se demandent qui est qui

Après une adolescence tumultueuse, renvoyée de nombreux établissements pour causes institutionnelles (je n’ai jamais doublé mais triplé deux fois) je me retrouve chanteuse durant 15 longues années sans avoir très bien compris pourquoi j’en étais arrivée là.

Après une courte carrière dans la taxidermie et l’aviation, je me rends compte que ce qui me motive le plus c’est la curiosité et qu’il va falloir ruser pour devenir journaliste.

Me voilà formatrice en journalisme radio pour enfants à Bruxelles. Pour notre premier reportage, nous partons à la découverte du fabuleux musée des égouts. Un égoutier poète nous décline toutes les variations de vocabulaire tournant autour de l’étron. Nous sommes dans l’anus du monde, en dessous des rues nous entendons passer les voitures par le trou de la margelle, l’aventure radiophonique commence.

Les enfants sont de redoutables reporters, ils sont protégés naturellement contre la pratique de la langue de bois, aucun adulte ne s’y risque en leur présence sous peine d’être menacé par le ridicule. La magie fonctionne, nous allons enfin savoir pourquoi le monde est à l’envers.

Les Roussepétards, les journalistes handicapés de Radio Campus

Les enfants c’est amusant mais c’est fatiguant, ils n’arrètent pas de se battre tout le temps ! Je décide de prendre des vacances journalistiques avec Les spécialistes de l’humour spontané : nos amis les handicapés mentaux. Nous partons à l’aventure munis d’enregistreurs numériques au musée de la franc-maçonnerie. Eddy se fait rabrouer par un gardien qui l’envoie demander une autorisation d’enregistrer dans le bureau du président du musée, Monsieur Pierre.

Toc toc toc,

“Oui”

Eddy : Vous êtes ministre, c’est ça ?

Pierre : Non, je suis le président du musée.

Eddy : On est où ici ?

Pierre : Vous êtes au musée de la Franc-maçonnerie.

Eddy : Au musée de la poissonnerie Vous étes ministre ?

Pierre : Non, je suis le président du musée de la franc-maçonnerie.

S’ensuit une discussion philosophique sur la mort, sur l’histoire de la maçonnerie, entrecoupée de ces mêmes allusions à la poissonnerie et au titre de ministre qu’Eddy confond gaillardement avec un accent bonhomme.. Le brave président du musée, après avoir poliment refusé l’invitation d’Eddy pour aller boire un verre, s’emméle les pinceaux en appelant Eddy par son propre prénom.

Pierre : Bon Pierre ça suffit, maintenant je dois travailler.

Eddy : Mais non Pierre c’est toi, moi c’est Eddy. On est où ici ?

Grande découverte radiophonique : Eddy fait du Jean-Yves Lafesse naturel ! Une nouvelle émission journalistique hebdomadaire naît sur les ondes de Radio Campus : Les Roussepétards.

Indélébile : Les journalistes dépressifs de Radio Campus

Pratiquant les joies du monde à l’envers depuis ma plus tendre enfance, je m’étais rendu compte que passer des séjours en été avec des amis musiciens dans le jardin de la Devinière (dernier vestige de l’antipsychiatrie belge) nous remplissait d’énergie solaire. Entourés des personnes dont toutes les institutions psychiatriques ne souhaitaient plus en leur sein, nous vécûmes là les plus belles aventures humaines… Imaginez : c’est la nuit, un grand feu au milieu de la cour intérieure de la ferme, les violonistes et les trompettistes caquettent, tout à coup Henri le potomane, un gros géant qui avait l’habitude d’ hurler Noooon comme le loup au clair de lune, arrive en sautillant tout léger et crie : Ooooui ! il tourbillonne autour du feu„ arrache au passage un verre de bière qu’il ingurgite d’un coup sans aucun effet de gosier, directement dans son estomac. Cet unique oui de plaisir résonne encore dans mes oreilles… Personne ne l’avait jamais entendu prononcer ce mot auparavant !

Les journalistes pourvus de problèmes psychologiques sont les spécialistes de l’errance et des grandes émotions. Pour les micros-trottoirs, c’est un atout, ils ont un radar pour trouver les quidams les plus excentriques : chauffeur de bus croque-mort à mi temps, gardiens de prisons en grève qui se confient sur le peu de couverture médiatique de leur revendication en allumant des pétards, balayeur de rue bavard qui se cache dans un buisson pour parler car son chef lui interdit toute forme de communication pendant les heures de travail… Ces journalistes sont les plus touchants, d’une douceur, d’une imagination magique qui revigorent les sens. Ils m’ont confié que sans enregistreur en main, les gens fuyaient quand ils leurs posaient des questions mais munis de cet instrument et d’un casque audio, les inconnus leurs racontent absolument tout sur eux. c’est le monde â l’envers…

Les déchaînées : l’émission journalistique de création sonore des femmes détenues à la prison de Bruxelles

C’est dans cet antre que se trouve l’envers du décor de notre société, on peut y palper l’état d’esprit de notre pays, un peu comme on jauge un restaurant en y visitant ses toilettes. Tout y est fait pour que ses occupants y développent une énorme carapace agrémentée au meilleur des cas par un sens de l’humour à toute épreuve pour se protéger de l’infantilisation, de l’absurdité, de la proximité, de l’injustice et de La folie… Les journalistes détenues vivent dans un microcosme étouffant où il faut se battre pour garder son amour propre. Quand l’État est fâché sur vous, il vous met en quarantaine dans une boite. Une mécanique folle s’empare de votre vie en l’immobilisant pour une durée indéterminée.

Pourtant le monde à l’envers fonctionne là aussi â merveille, les journalistes détenues remontent le moral des auditeurs de Radio Campus par leur franchise, leurs débats qui malmènent les paradoxes avec un humour décapant qui donnent l’énergie de réinventer le monde.

Toutes ces productions d’émissions radio réalisées et animées par des personnes sur qui les médias traditionnels font des reportages sont diffusées sur Radio Campus Bruxelles 92.1 FM entre 14h et 15h le mercredi et le vendredi.

Zoé Jadoul, enfin je veux dire Éoz Luodaj.

Tous les podcasts de Zoé Jadoul et ses comparses peuvent être retrouvés sur :
http://suzannelafleche.be/
Voir aussi :
http://www.radioquiqui.be/

“Dans les oreilles de Zoé Jadoul“, Les Carnets de Syntone, Revue de l’écoute n°7, Septembre 2016, pp.6-12.

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LIENS.

http://syntone.fr/la-revue-de-lecoute-anciens-numeros/
https://issuu.com/syntone/docs/carnet_syntone_07_sept2016

http://suzannelafleche.be/

https://lesroussepetards.be/
https://lacelluleradiophonique.com/
http://www.radioquiqui.be/
https://superdirect.be/

http://www.arolde.com/

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