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Marc Morgan cherche ses parallèles

Un article de Guy Delhasse paru dans le magazine Une Autre Chanson n°93, janvier 2001.

Marc Morgan

Marc Morgan cherche ses parallèles.

Huy qui est l’une de ces bougades moyennes paraissant vivre loin des bruits du monde, a toutefois maintenu la réputation de ville surchauffée par le talent de ses musiciens : Alain Pire pour le rock, hier José Bedeur ou Fernand Launois, aujourd’hui Éric Legnini et le regretté Jean-Pierre Catoul pour le jazz, Marc Morgan pour la chanson française… autant de figures connues de la vie musicale dans la cité mosane.

En pleine vague néo-twist du début des années quatre-vingts, Marc, ce lunetté de guitariste, né dans les années «Chaussettes noires», participe, après un “Objectif Lune” aléatoire, à un groupe parodique en la matière : les «Révérends du Prince Albert» où il assure les chceurs et la guitare rythmique. Épuré de ses relents passéistes, le groupe prend ensuite le nom de “Tricheurs” et assume sur le label “Virgin” un premier succès radio avec “Le jour J” et l’album “Tendez vos lèvres” en 1989. Marc a construit les chansons, colle sur de solides mélodies sa voix de caramel et ses textes évaporés. Mais son potentiel de création dépasse vite les limites du groupe et, au stade de l’autonomie, il court les maisons de disques parisiennes. Les “Tricheurs” se tirent au profit de Marc Morgan.

Les maquettes réussissent à charmer Yves Bigot qui lui permet d’enregistrer un premier album sur le label “FNAC Music” en 1994 (“Un cygne sur l’Orénoque”) et un deuxième chez “Mercury” : “Les grands espaces”, en 1996. Un style pop, léger, très en phase avec les “Innocents”, frappé d’une Rickenbacker rutilante, sous un béret noir vissé sur un crâne dont personne ne connaît l’état réel. En s’introduisant dans l’univers d’une Sylvie Vartan en pleine reconversion, Marc Morgan profite de l’aubaine pour affirmer une étonnante facilité de composition. Hélas, tout cela est tellement arrondi aux angles, trop maniéré dans sa politesse consensuelle que les albums n’affirment ni une personnalité ni une démarche originales. Et, malgré de nombreux soutiens radio et télé, les ventes ne suivent pas…

Pendant les cinq années suivantes, le chanteur hutois va se transformer en véritable acharné du son et des mélodies. Le temps, il le prend prend pour préparer un troisième album qui se fait jeter de partout. Sauf chez “Viva Disc” à Bruxelles qui, comme Marka, l’accueille et lui donne l’occasion de sortir “Les parallèles se rejoignent”. Enregistré et coproduit par Denis Clavaizolle (un des complices attitrés de Jean-Louis Murat), ce dernier album est effectivement en rupture avec les précédents. Le ton se fait plus grave, interrogateur, les mots plongent dans l’intimité de la relation à deux ou dans l’avenir d’un monde dont on ne distingue pas les contours précis. Marc Morgan a gagné en intériorité ce qu’il a perdu en superficialité.

En n’accordant à l’électricité que des ambiances électroniques et en retrouvant la simple beauté des musiques acoustiques, les chansons s’écoulent – et s’écoutent comme comme l’eau claire des fontaines des villages oubliés du Condroz ou de la Hesbaye proches. Il y a, dans ce nouveau Marc Morgan, des essences profondes qui étonnent et qui rendent les chansons variables dans le temps. Il y a surtout une photographie de chanteur en liberté qui, en osant quitter les entraves des contrats parisiens, est revenu faire à Huy ce qu’il aime : composer des chansons et les travailler jusqu’au lever du jour pour qu’elles donnent au soleil la mesure de leur peau neuve.

Aujourd’hui, Marc Morgan ne paraît plus vouloir quitter sa ville natale (il est né à Huy le 30 avril 1962) pour s’élancer dans une aventure sans racines. Même si les chansons des Parallèles se rejoignent (…à l’infini : ce que tout un chacun est censé savoir, sans être mathématicien pour autant) ne se préoccupent ni de paysages ni de causes collectives, elles témoignent de notre temps dans les replis de mots soyeux qui se respirent au fond de soi. Marc Morgan poursuit donc sa quête de chanteur dans un creux de Meuse qui n’a pas dit son dernier mot ni livré son dernier secret.

Guy Delhasse.

En concert aux «Entre Vues» du Botanique à Bruxelles, le mardi 5 février à 17 h 15 à l’Orangerie.

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