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Séquence mathématique

Un article de Jérôme Colin paru dans le magazine Télé-Moustique du 06 février 2002.

Marc Morgan

Séquence mathématique.

Lorsqu’il est allé frapper aux portes des maisons de disque pour produire son nouvel album, Marc Morgan s’est entendu dire qu’il fallait un nouveau tube. Résultat : un disque très personnel.

Ils veulent tous la même chose, dit – il. Un autre “Notre mystère, nos retrouvailles”. Moi, je ne me sens pas capable de répondre à des attentes ou des obligations commerciales. Cette incapacité m’a libéré et j’ai fini par faire cet album en petit comité avec peu de moyens. Ils ne comprennent pas que si une chanson plaît, c’est par hasard.” Depuis le début des années 80, Marc, qui reste illustrateur et prof à Saint-Luc, a roulé sa bosse dans pas mal de groupes (Objectif Lune, Les Révérends du Prince Albert, Les Tricheurs, La Variété) avant de se lancer en solo presque malgré lui. Celui qui dit aimer Patti Smith, Television, The Cure et Talking Heads opère à mille lieues de ses influences personnelles. Outre le fait d’avoir prêté sa plume à Sylvie Vartan et Dick Rivers, ses deux premiers disques en solitaire, “Un cygne sur l’Orénoque” et “Les Grands Espaces” l’avaient catalogué au rayon variétés.

“C’est vrai que ce sont des univers très différents mais je ne renie rien. Chaque expérience m’a apporté quelque chose. Je n’ai pas besoin de tenter d’appartenir à la famille des gens que j’admire. Je ne me force à rien. Je ne me suis pas dit : je vais faire un album un peu plus élaboré et compliqué pour sortir de mon image de variété. L’élaboration d’un disque se fait sur un long laps de temps. À moins d’avoir la faculté de se mentir, il n’y a pas moyen de tricher.

Après deux albums “très français’ et un beau succès (“Notre mystère, nos retrouvailles”), le Hutois publie un disque très personnel. Depuis sa sortie, “Les parallèles se rejoignent” a reçu un accueil plus que positif dans la presse belge, ce qui ne suffit pas pour vendre des kilos d’albums. “J’en ai vendu entre 1.500 et 2.000. On est en Belgique, il ne faut pas rêver. En fin de compte, ça a peu d’importance. Ce n’est pas un critère commercial qui doit donner le ton. Il y a dans la vie toujours une mise en compétition qui me déplaît fortement. Maintenant, les maisons de disque ont des techniques tellement aiguisées qu’elles parviennent à fabriquer des artistes et des tubes. On ne peut plus se battre contre ces machines. Ils fabriquent Star Academy et vendent des millions de disques. À partir de là, mon petit succès me suffit. Une carrière à la Obispo me ferait peur. Bien sûr, j’aimerais quelquefois avoir accès à son compte en banque pour payer les factures. Mais d’un autre côté, ça me ferait peur de ne plus pouvoir changer ou surprendre. Il faut continuer à se poser des questions. Je suis heureux quand je reçois une lettre d’une personne qui a acheté le disque et qui me dit qu’elle l’aime. Ça me suffit.”

Même si l’intrusion de séquences électroniques n’est pas systématiquement une réussite, “Les parallèles se rejoignent” est un disque abouti et touchant (“Scaphandrier”, “Un jour la rivière”, “La Grille du tamis”). Nettement plus orienté pop rock que ses prédécesseurs, il prend sa dimension au regard des textes, souvent métaphoriques. Marc Morgan montre ici un nouveau visage, comme le laissaient présager les titres des morceaux : “Je reviens de loin”, “Fausse route”, “La Ligne d’arrivée”,”À chaque pas je marque un point”.

Jérôme Colin.

Marc Morgan : “Les parallèles se rejoignent” Viva Disc.
Le 23 février aux Halles de Schaerbeek.

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