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Ne jetez pas le yé-yé avec l’eau du bain

Un article de Julie Huon paru dans le quotidien Le Soir le 1e avril 2014.

Ne jetez pas le yé-yé avec l’eau du bain

yé-yé girls

Un livre ressuscite les chanteuses pop des 60’s.

• De Françoise Hardy à Jacqueline Taïeb, elles y sont toutes.
• La relève semble assurée.
• Et Jean-Emmanuel Deluxe, sous les poupoupidous, signe quasi un essai sociologique.

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L’acidulé, c’est pas que du rose bonbon. En principe, ça pique toujours un peu derrière. Pour défendre ce point de vue, pour réhabiliter un genre un peu disparu, et pour publier plein de photos d’ingénues qui l’ont fait rêver, Jean-Emmanuel Deluxe sort un livre dédié aux princesses yé-yé de la chanson française. Donc oui, vous y trouverez Jane et France et Françoise et Sylvie. Mais aussi, sur 255 pages, mille photos, mille paroles de chansons et mille petites perles comme l’histoire du 45-tours de Jodie Foster, celle de Chantal Goya tournant pour Godard, et de filles nommées Vetty, Joanna Shimkus ou Monique Thubert dont on a oublié jusqu’à la longueur de la frange…

Le livre est sorti en anglais (la version française suivra) chez Feral House, un éditeur américain. «En France, on voulait me faire toucher un public de seniors nostalgiques, ce n’est pas nécessairement ma cible», explique Jean Emmanuel Deluxe, journaliste, patron du label Martyrs of Pop, auteur touche-à-tout qu’on classera sous le terme d’«activiste pop». Ce qui le botte, lui, c’est de dégager quelque chose, de déterrer un courant, un bout d’Histoire derrière la culture populaire. «J’aurais pu faire un bouquin sur les mecs yé-yé mais il aurait été moins fun, moins coloré et surtout moins porteur sociologiquement.

Sylvie Vartan

Sylvie Vartan, sa blondeur et sa moue légendaire, est bien sûr au casting de cette anthologie yéyé.

Les yé-yé girls, c’est la première génération de filles à ne pas vouloir ressembler à leur mère. “Les temps ont changé et c’est aux filles de décider” chante Pussy Cat en 1966». D’une chanson à l’autre, c’est un peu l’histoire des femmes qu’on fredonne: «Dans les années 60, France Gall chante “Les sucettes à l’anis” et pardon, mais même si musicalement la chanson est très belle, la démarche de Gainsbourg n’est pas très élégante. On a là un vieux cochon qui abuse de la naïveté d’une gamine de 16 ans. Alors que 20 ans plus tard, le “Banana Split” de Lio, c’est un peu la même chanson mais dans sa version féministe. Ici, elle est en charge du “truc”: elle ne se fait pas avoir.»

En fin d’ouvrage, Deluxe pointe les descendantes de Françoise Hardy & Cie (voir ci-dessous) qui, avouons, ne courent pas les podiums. Outre les Brigittes, Lily Allen ou la toute jeunette Juniore et sa nonchalance dandy, il fleure un peu le sapin, le genre yé-yé… «Disons qu’on vit une époque assez dark, poursuit l’auteur, même les superhéros comme Batman sont sombres et sans illusion. C’est sans doute l’après 11/09, la crise et tout ce qui se passe autour, mais on aime se vautrer dans le dark. Pourtant, comme dirait Lio, on transforme le monde avec ce qu’on projette et je trouve ça bien plus révolutionnaire, sans être naïf et d’un optimisme béat, de ne pas se complaire dans le malheur.»

Julie Huon.

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Les descendantes, par Jean-Emmanuel Deluxe

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April March

April March

Alias Elinore Blake, née le 20 avril 1965 à San Francisco. «Je l’ai rencontrée en 93, j’avais acheté son disque de reprises de Gainsbourg. Elle m’a passé des cassettes de Stella, Jacqueline Taïeb, Christine Pilzer… Elle connaissait France Gall et Françoise Hardy mais aussi des trucs plus obscurs. Son père avait traduit Sartre, des auteurs français…»

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Mademoiselle Nineteen

Mademoiselle Nineteen

Alias Juliette Wathieu, née le 6 juillet 1991 à Liège. «Elle a vraiment cette inspiration yé-yé. Elle travaille avec Benjamin Schoos et quand il me l’a fait découvrir, je me suis dit “Encore une fille spirituelle que je ne connaissais pas !”. Elle a baigné là-dedans mais n’essaie jamais de copier.»

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Françoise Cactus (Stereo Total)

Françoise Cactus

Alias Francoise Van Hove, née en 1964 à Villeneuve-l’Archevêque. «Elle a ce côté rigolo, décalé, le goût des propositions risquées du yé-yé français. Ça me rappelle le Teenie Weenie Boppie de France Gall où une fille qui a pris du LSD voit Mick Jagger se noyer dans la Tamise… Avec un côté punk électro.»

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Helena Noguerra

Helena Noguerra

Alias Helena Ribeiro Furtado Tavares de Vasconcelos, née à Bruxelles le 18 mai 1969. «Pour moi, elle est dans la dynamique de Françoise Hardy, auteure-compositrice qui a quitté Vogue pour monter sa propre boîte, à une époque où les filles étaient un peu des marionnettes avec une jolie frimousse.»

Yé-yé girls of 60’s French Pop, Jean Emmanuel Deluxe, Feral House, 255 p., 18,00 EUR.

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Liens Jean-Emmanuel Deluxe.
Le blog de Jean-Emmanuel Deluxe.
La page d’infos sur le site de l’éditeur Feral House
https://www.facebook.com/jeanemmanueldeluxe

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Autres liens.
https://www.flickr.com/photos/marcwathieu/13588116295/

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